15 erreurs à éviter en tournage vidéo (et comment les corriger)
Réglage du slider avec Harry, mon chef opérateur, avant le lancer d'un travelling. Marine, en fond, nous sert de modèle pour la lumière et le cadre. C'est dans ces minutes de préparation silencieuse qu'on évite la moitié des erreurs de tournage.
Il m'arrive encore aujourd'hui, en regardant certaines de mes vieilles vidéos, de reconnaître exactement le moment où j'ai commis une erreur technique. Une surexposition sur un extérieur midi, un fond encombré qui parasite le sujet, un plan qui tremble là où il aurait dû être fixe. Ces erreurs, je les ai toutes faites. Et je les vois se reproduire chez mes élèves, semaine après semaine.
La bonne nouvelle : elles sont presque toutes évitables avec les bons réflexes. Pas besoin de matériel plus cher. Pas besoin de refaire l'intégralité de votre formation. Il suffit souvent de connaître le problème pour ne plus le reproduire.
Voici les 15 erreurs les plus courantes que j'ai recensées après des années de tournage et de formation — avec, pour chacune, la solution concrète à appliquer dès votre prochain tournage.
Les erreurs d'image et d'exposition
Erreur n°1 — Les images trop saturées
La saturation excessive est l'une des marques les plus immédiatement reconnaissables d'une vidéo amateur. Des couleurs qui hurlent, un ciel bleu électrique, des visages qui virent au rouge — c'est le résultat d'une saturation poussée trop haut, soit au niveau des réglages caméra, soit en post-production.
La solution : activez le profil Log ou Flat de votre caméra au tournage. Ces profils enregistrent l'image avec peu ou pas de saturation, en préservant un maximum d'information colorimétrique. Vous ajoutez ensuite la couleur lors de l'étalonnage, avec un contrôle total. Pour vérifier votre saturation sur le terrain : regardez le visage de vos sujets. Si le teint tire vers le rouge ou l'orange prononcé, vous êtes en sursaturation.
Erreur n°2 — Les images dégradées (bruit numérique et compression)
Deux causes fréquentes : des ISO trop élevés, et une compression d'enregistrement trop agressive. Les ISO montés en situation de faible lumière introduisent du bruit numérique — ce grain épais qui rend l'image irréaliste. Une compression élevée, elle, génère des artefacts et des macroblocs visibles dès qu'il y a du mouvement dans l'image.
La solution : choisissez toujours la compression la plus basse disponible dans les réglages d'enregistrement de votre caméra. Et évitez à tout prix de placer un rush tourné en HD dans une séquence de montage en 4K — la pixellisation qui en résulte est immédiatement visible.
Erreur n°3 — La surexposition et la sous-exposition
Une image surexposée brûle les hautes lumières — vous perdez définitivement les détails dans les zones claires, et aucun logiciel de post-production ne peut les récupérer. Une image sous-exposée fait l'inverse dans les ombres. Dans les deux cas, l'image paraît immédiatement non maîtrisée.
La solution : utilisez l'histogramme de votre caméra, pas le viseur. Un histogramme équilibré, centré, indique une exposition correcte. S'il est tassé à droite, vous surexposez. S'il est tassé à gauche, vous sous-exposez. C'est l'outil le plus fiable qui existe — bien plus que votre perception visuelle sur un écran exposé à la lumière ambiante.
Erreur n°4 — Le contraste excessif
Monter le contraste directement dans les réglages d'image de votre caméra est une erreur classique. Vous obtenez certes une image qui paraît plus stylé sur le moment, mais vous perdez des détails dans les ombres que vous ne retrouverez plus en post-production.
La solution : Tournez en LOG, étalonnez ensuite à partir d’une LUT de conversion. La règle est la même qu'avec la saturation : préservez l'information au tournage, retravaillez-la en post. Un profil Log ou Flat conserve toute la latitude d'exposition pour l'étalonnage.
Histogramme RGB : canal bleu sous-exposé par rapport au rouge et au vert — d'où la dominante chaude visible sur le teint et les cheveux. C'est exactement ce que l'histogramme vous dit avant même de regarder l'image.
Les erreurs de composition et de cadrage
Erreur n°5 — Les éléments parasites en arrière-plan
Un poteau qui semble sortir de la tête de votre sujet, une poubelle dans le coin gauche du cadre, un passant qui traverse l'image au mauvais moment — ces éléments dits "déchets" parasitent immédiatement la composition et trahissent un manque de préparation.
La solution : avant chaque prise, balayez méthodiquement l'ensemble du cadre — pas seulement le sujet central. Le fond, les coins, les bords. Déplacez-vous de quelques pas si nécessaire pour exclure un élément indésirable. C'est une question de rigueur, pas de chance. Pour voir tous ces détails, assurez-vous d’utiliser un moniteur vidéo assez grand au tournage, et de ne surtout pas vous contenter de l’écran microscopique de votre hybride.
Erreur n°6 — La distorsion grand-angle
Un objectif très grand-angle — 12mm, 14mm sur plein format — déforme les lignes droites et, surtout, déforme les visages dès que vous vous en approchez. Le résultat est immédiatement peu flatteur et peu professionnel pour les portraits et les interviews.
La solution : réservez les focales très courtes aux plans larges de décors ou aux effets artistiques voulus. Pour les visages en gros plan ou les champs-contrechamps, montez à 50mm minimum. Personnellement, j'utilise le 35mm pour mes plans larges, le 50mm pour les gros plans de visages, et le 85mm pour les champs-contrechamps — des focales qui flattent naturellement le sujet.
Erreur n°7 — La mauvaise composition d'image
Une composition non pensée — horizon de travers, sujet mal centré, couleurs qui ne match pas, absence de règle des tiers — donne une impression d'image bâclée, même si la lumière et l'exposition sont parfaites. La composition, c'est ce qui donne l'intention artistique à un plan.
La solution : activez la grille sur l'écran de votre caméra. Respectez la règle des tiers pour les sujets — placez les yeux sur la ligne du tiers supérieur, pas au centre de l'image. Utilisez les lignes de force du décor (routes, murs, clôtures) pour guider le regard. Laissez de l'espace devant le regard du sujet — ce qu'on appelle le negative space. Et vérifiez systématiquement que votre horizon est droit avant d'appuyer sur REC.
Règle des tiers : l'horizon posé sur la ligne du bas, pas au milieu. Le ciel prend les deux tiers du cadre et la composition respire. Activez la grille sur votre caméra — c'est le réglage le plus sous-estimé du tournage.
Les erreurs techniques de tournage
Erreur n°8 — Le flicker (scintillement d'écran)
Lorsque votre scène inclut un écran — télévision, ordinateur, téléphone — vous pouvez obtenir un effet de scintillement (flicker) dans l'image. C'est dû à un désaccord entre la fréquence de rafraîchissement de l'écran et votre vitesse d'obturation.
La solution : jouez sur votre vitesse d'obturation pour trouver celle qui supprime le scintillement (souvent 1/50s ou 1/100s selon la fréquence secteur de votre pays). Si le problème persiste, la solution la plus sûre reste d'éviter les écrans dans le champ, ou de les éteindre si le scénario le permet.
Erreur n°9 — Les artefacts du stabilisateur de déformation (Warp Stabilizer)
Le Warp Stabilizer (stabilisateur de déformation) de Premiere Pro est un outil puissant — mais il a ses limites. Appliqué sur un plan trop instable, il produit des déformations visibles dans les zones de fort contraste : les cheveux d'un personnage, les bords d'un bâtiment, les branches d'un arbre. Ces artefacts sont plus visibles que le tremblement original.
La solution : filmez le plus stable possible au tournage — trépied, gimbal, appui sur un mur. Le Warp Stabilizer est un outil de correction, pas de remplacement. Moins il a à travailler, meilleur est le résultat.
Erreur n°10 — La poussière sur le capteur ou l'objectif
Une tache de poussière sur votre capteur devient visible dès que vous fermez le diaphragme (f/11 et au-delà) — elle apparaît comme un point sombre ou une tache floue dans l'image. Sur l'objectif, elle réduit le piqué et peut créer des flares indésirables.
La solution : avant chaque tournage important, vérifiez votre capteur en filmant un fond uni (ciel bleu, mur blanc) à f/22 et en examinant l'image agrandie sur votre ordinateur. Si vous trouvez des taches, utilisez une poire soufflante pour le capteur. Pour l'objectif, une lingette microfibre adaptée. Et évitez absolument de changer d'objectif en extérieur par vent ou sur une plage — la poussière s'accumule instantanément.
Erreur n°11 — Le moiré
Le moiré se produit lorsque vous filmez des motifs réguliers fins — une chemise à carreaux serrés, un grillage, le dossier d'une chaise en tissu tressé. Ces motifs créent une interférence avec la grille de pixels du capteur et produisent des ondulations colorées parasites dans l'image.
La solution : anticipez au moment du repérage et lors du choix des costumes. Si vous êtes en situation, éloignez-vous légèrement du sujet ou changez légèrement l'angle de cadrage — quelques centimètres peuvent suffire à faire disparaître l'effet. Évitez les vêtements à motifs fins serrés pour les interviews et les sujets filmés en plan moyen ou gros plan.
Erreur n°12 — Le changement de diaphragme en cours de prise
Modifier l'ouverture du diaphragme pendant que la caméra enregistre crée une variation d'exposition visible — un flash soudain plus clair ou plus sombre qui ruine la prise. C'est un réflexe involontaire qui arrive souvent en conditions d'éclairage changeant.
La solution : réglez votre exposition avant de lancer l'enregistrement et ne touchez plus à la bague de diaphragme pendant la prise. Si l'exposition évolue (nuage passant devant le soleil, sujet qui se déplace), préférez ajuster en coupant le plan plutôt qu'en modifiant l'ouverture en cours de tournage.
Les erreurs d'éclairage
Erreur n°13 — Le mauvais éclairage
Un éclairage plat et sans contraste, une lumière trop dure en plein midi, un mix de sources à des températures de couleur incompatibles (tungstène + LED + lumière du jour dans le même plan) — ce sont les erreurs d'éclairage les plus fréquentes, et elles peuvent ruiner une image parfaitement exposée.
La solution : voici les règles que j'applique systématiquement en extérieur. Évitez les tournages en plein midi — le soleil à la verticale crée des ombres dures sous les yeux, le nez et le menton. Tournez à la golden hour — une heure après le lever du soleil ou une heure avant le coucher — pour une lumière chaude, directionnelle et flatteuse. En plein soleil, placez votre sujet dos au soleil (backlight) et utilisez un réflecteur pour ré-éclairer le visage. N'associez jamais des sources à des températures différentes dans le même champ sans correction préalable.
Les erreurs de mouvement de caméra et de cadence image
Erreur n°14 — Les mauvais mouvements de caméra
Un travelling fait à l'épaule sans gimbal, un zoom optique au milieu d'une prise, un panoramique trop rapide sans intention narrative — ce sont des mouvements qui trahissent une caméra non maîtrisée. Le problème n'est pas le mouvement en lui-même : c'est l'absence d'intention derrière.
La solution : chaque mouvement de caméra doit être décidé avant le tournage, dans votre découpage technique. Un travelling avant justifié par une révélation dramatique, un panoramique préparé pour suivre le déplacement d'un personnage — voilà ce qui différencie un mouvement professionnel d'un mouvement aléatoire. Et pour l'exécution : trépied pour les plans fixes, gimbal pour les mouvements fluides, slider pour les travellings courts. Évitez le mouvement à l'épaule trop à l’arrache sauf si c'est un choix artistique délibéré — et dans ce cas, assumez-le pleinement.
Erreur n°15 — La mauvaise vitesse d'obturation et la cadence image
C'est une erreur à la fois au tournage et en post-production. Tourner à 30 images/seconde pour monter dans une séquence à 25 images/seconde génère du ghosting et du blending — des artefacts de conversion qui rendent les mouvements flous ou dupliqués. Une vitesse d'obturation trop élevée par rapport à la cadence image donne des mouvements saccadés. Trop basse, des mouvements fantomatiques.
La solution : respectez la règle de l'obturation double — votre vitesse d'obturation doit être le double de votre cadence image. À 25 images/seconde, tournez à 1/50s. À 50 images/seconde (pour un ralenti), tournez à 1/100s. Et surtout : ne convertissez jamais votre cadence image en post-production. Réglez la bonne cadence avant de tourner et tenez-vous-y sur l'ensemble du projet.
Récapitulatif : les 15 erreurs et leur solution en un coup d'œil
| Erreur | Cause principale | Solution rapide |
|---|---|---|
| 1. Images trop saturées | Profil d'image standard avec saturation poussée | Tournez en Log/Flat, étalonnez en post |
| 2. Images dégradées | ISO trop élevés, compression trop forte | Compression minimale, ISO modérés |
| 3. Mauvaise exposition | Réglage à l'œil sur le viseur | Utilisez l'histogramme |
| 4. Contraste excessif | Contraste monté dans les réglages caméra | Tournez en flat, contrastez en étalonnage |
| 5. Éléments parasites | Fond non vérifié avant la prise | Balayez tout le cadre avant d'appuyer sur REC |
| 6. Distorsion grand-angle | Focale trop courte pour les visages | 50mm minimum pour les plans de visage |
| 7. Mauvaise composition | Absence de règle des tiers / horizon de travers | Activez la grille, vérifiez l'horizon |
| 8. Flicker d'écran | Désaccord vitesse d'obturation / fréquence écran | Ajustez la vitesse d'obturation (1/50 ou 1/100) |
| 9. Artefacts Warp Stabilizer | Plan trop instable au tournage | Filmez stable — le Warp corrige, il ne remplace pas |
| 10. Poussière capteur / optique | Objectif changé en zone poussiéreuse | Vérifiez à f/22 sur fond uni avant chaque tournage |
| 11. Moiré | Motifs fins serrés (chemise, grillage) | Anticipez les costumes, changez l'angle |
| 12. Changement de diaphragme en prise | Réflexe involontaire face à une variation lumineuse | Réglez avant, ne touchez plus pendant la prise |
| 13. Mauvais éclairage | Midi plein soleil, mix de températures de couleur | Golden hour, backlight + réflecteur, sources cohérentes |
| 14. Mauvais mouvements de caméra | Mouvement sans intention, caméra épaule non maîtrisée | Décidez chaque mouvement dans le découpage |
| 15. Mauvaise cadence / vitesse d'obturation | 30fps monté en 25fps, règle du double non respectée | Cadence cohérente, vitesse = 2x la cadence image |
Comment mémoriser ces règles et progresser vite
Inutile d'essayer de tout retenir d'un coup. La progression en vidéo est cumulative : vous corrigez une erreur par tournage, et elle disparaît progressivement de vos réflexes. Ce qui était une vérification consciente devient un automatisme.
Ce que je recommande à mes élèves : créez une checklist personnelle à consulter avant chaque tournage. Notez les cinq ou six erreurs que vous faites le plus souvent — les vôtres, pas celles d'un autre — et vérifiez systématiquement ces points avant d'appuyer sur REC. En trois ou quatre tournages, la checklist devient inutile parce que les réflexes sont installés.
Et si une erreur se glisse malgré tout dans vos rushes — et ça arrivera — la post-production peut corriger beaucoup de choses : l'exposition, la couleur, la stabilisation. Ce qu'elle ne peut pas corriger, c'est une information perdue au tournage. Les hautes lumières brûlées, le son saturé, la poussière dans le capteur — ça, c'est définitif. Raison de plus pour appliquer ces règles dès le tournage.
☐ Profil Log ou Flat activé — saturation et contraste à zéro
☐ Compression d'enregistrement au minimum
☐ Histogramme activé sur l'écran de la caméra
☐ Capteur et objectif vérifiés à f/22 sur fond uni
☐ Cadence image définie et cohérente avec le projet
☐ Vitesse d'obturation = 2x la cadence image
☐ Grille activée — horizon vérifié
☐ Fond balayé — aucun élément parasite dans le cadre
☐ Mouvements de caméra décidés dans le découpage
☐ Sources lumineuses de même température de couleur
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Plus de 2 500 élèves formés. Certification Qualiopi. Formations éligibles CPF.
Kévin Mendiboure est réalisateur et monteur vidéo professionnel, fondateur de l’École des Vidéastes et de la chaîne YouTube TUTO PREMIERE (+115 000 abonnés).
Réalisateur depuis plus de 10 ans et formateur depuis 2019, il accompagne créateurs, freelances et monteurs en reconversion à travers des formations certifiantes en montage vidéo sur Premiere Pro, After Effects et DaVinci Resolve.