Comment trouver ses premiers clients en vidéo ? (Le guide complet)
Kévin Mendiboure en tournage avec sa RED KOMODO et le 50mm Atlas Orion — 20 ans d'expérience terrain au service de ses élèves.
En 2005, je suis arrivé à Paris avec mes courts-métrages sous le bras — des films vraiment amateurs, tournés et montés depuis mes 14 ans avec le caméscope de vacances de ma mère, avec mon frère qui faisait l'acteur. Rien de pro. Rien de brillant. Mais j'avais une chose que personne ne peut acheter : l'envie de travailler dans ce milieu à n'importe quel prix.
J'ai mis tout ça sur des DVDs, et j'ai passé des semaines à frapper à la porte de toutes les sociétés de production parisiennes. Une centaine de boîtes. Presque aucune réponse. J'ai failli postuler à Micromania tellement je galérais financièrement. Et pourtant, c'est exactement cette démarche — un peu folle, un peu désespérée — qui m'a permis d'obtenir mes 3 ou 4 premiers clients réguliers, et de commencer vraiment à exister dans ce milieu.
Depuis que j'ai fondé l'École des Vidéastes et formé plus de 2 500 élèves, j'ai reçu des centaines de mails qui posent la même question : comment trouver ses premiers clients quand on démarre de zéro ? Bilal, Agathe, Tom, Romain, Lucas, Sylvain… Des profils très différents, mais une angoisse commune : avoir les compétences, mais ne pas savoir comment les monétiser.
Ce guide est la réponse définitive à cette question. Pas de théorie vague, pas de conseils copiés-collés depuis un blog américain. Juste ce qui marche vraiment — vécu sur le terrain pendant 20 ans, et testé par des centaines d'élèves.
Ce que vous allez apprendre dans ce guide :
→ Pourquoi vous n'avez pas encore de clients (et ce n'est pas ce que vous croyez)
→ Comment créer votre portfolio de zéro même sans expérience
→ Les méthodes de démarchage qui fonctionnent vraiment
→ Comment vous spécialiser pour décupler votre taux de conversion
→ La tarification au démarrage
→ Où trouver des offres d'emploi dans l'audiovisuel
→ Le tableau de suivi indispensable pour ne plus jamais "oublier" de relancer
1. Pourquoi vous n'avez pas encore de clients (le vrai diagnostic)
Avant de parler de méthodes, il faut regarder la réalité en face. Quand un élève me dit "je ne trouve pas de clients", dans 90% des cas, le problème n'est pas là où il le pense. Ce n'est pas l'absence de talent. Ce n'est pas le marché. Ce n'est pas la concurrence.
Le vrai problème, c'est presque toujours l'absence de vitrine.
Je vais être direct : sans quelque chose à montrer, c'est presque impossible de convaincre. Le CV ne suffit pas dans la vidéo. Les clients ne peuvent pas se projeter sur un PDF avec des compétences listées. Ils ont besoin de voir des images. Et quand ils ne voient rien, ils prennent le risque zéro — c'est-à-dire quelqu'un d'autre.
Romain m'a écrit pour me parler de son projet de se spécialiser dans le montage pour les réseaux sociaux. Il avait bien suivi la formation, il était motivé, mais il n'avait rien à montrer. Tom avait fini tous mes modules Premiere Pro et voulait travailler, mais hésitait à candidater sans portfolio complet. Bilal m'a expliqué qu'il était solitaire, sans réseau, et qu'il ne savait pas quoi mettre sur Malt. C'est le même problème à chaque fois.
Le deuxième problème, c'est le manque de méthode de suivi. Beaucoup d'élèves envoient 5 ou 10 mails, n'ont pas de retour, et concluent que "ça ne marche pas". Ils n'ont pas de tableau pour noter qui ils ont contacté, quand relancer, quel retour ils ont eu. Sans ça, le démarchage devient une loterie sans ticket.
Le troisième problème — et celui-là, personne ne veut l'entendre — c'est le découragement trop rapide. Lucas m'a écrit en décembre 2024 avec six mois d'activité, 6 000€ investis, à peine 1 000€ rentrés. Il était proche de tout arrêter. Je lui ai rappelé que j'ai moi-même passé plus de deux ans à galérer en sortant de l'ESRA, avec des périodes où je postulais à Micromania pour survivre. Ce n'est pas un signe d'échec. C'est le parcours normal.
1. Vous n'avez pas assez de contenu à montrer → résoudre avant tout le reste
2. Vous n'avez pas de méthode de suivi → le tableau Excel est non négociable
3. Vous vous découragez trop tôt → les résultats arrivent après 3 à 6 mois d'effort constant
2. Créer votre portfolio de zéro (même sans aucun client)
C'est la bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin d'avoir travaillé pour des clients pour avoir une vitrine. J'ai obtenu mes premiers contacts à Paris avec des courts-métrages ultra amateurs que je faisais depuis mes 14 ans. Certaines boîtes ont vu mon potentiel. D'autres ont vu ma gniac. Aucune n'a vu un pro — et pourtant, ça a suffi pour ouvrir des portes.
Les projets personnels : votre meilleur investissement
La règle est simple : plus vous créez, plus vous progressez, et plus vous avez de chances de convaincre. Chaque vidéo que vous réalisez, même sans budget, même avec des amis qui jouent les acteurs, vous apprend quelque chose. Et ces vidéos constituent votre vitrine.
Quelques formats très efficaces pour construire un portfolio rapidement :
La fausse pub / le "mood" : vous choisissez une marque imaginaire ou réelle (parfum Dior, montre homme, voiture de luxe) et vous réalisez une publicité fictive avec les moyens du bord. J'ai fait ça avec une modèle et ma caméra, une fausse pub de parfum — et c'est cette vidéo qui a convaincu le manager d'une artiste de me laisser réaliser son clip, alors que mes clips de rap ne lui parlaient pas.
Ma première fausse pub DIOR
Le court-métrage personnel : pas besoin d'un gros budget. Ce qui compte, c'est la mise en scène, les dialogues, la lumière. Yann a réalisé un court-métrage avec ses amis en 2h30 — le résultat était humoristique, propre, et lui a permis d'avoir quelque chose à montrer.
La vidéo pour l'entourage : votre cousin a une boulangerie ? Votre ami fait de la musique ? Proposez-leur une vidéo gratuite ou à prix coûtant. C'est une vraie référence client, même si vous n'avez rien facturé.
Les stockshots gratuits : si vous n'avez pas encore de matériel ou de projet à tourner, utilisez des rushs libres de droits disponibles en ligne pour créer un montage démonstratif. J'ai listé les meilleurs sites dans cette vidéo YouTube.
Justin m'a dit qu'il ne pouvait rien produire de qualitatif faute de moyens. Je lui ai répondu la même chose que je vous dis : j'ai démarré en 2008 avec des courts-métrages sans aucun budget, une caméra basique, pas de licence Premiere Pro. Ce n'est pas le matériel qui crée la vitrine. C'est le travail.
La bande démo : la règle des 1 minute 30
Quand vous avez du contenu à montrer, vous devez créer une bande démo. C'est l'outil numéro 1 pour décrocher des clients et des emplois dans la vidéo. Voici les règles à respecter :
| Règle | Pourquoi |
|---|---|
| Durée : 1 min à 1 min 30 maximum | Les recruteurs et clients n'ont pas le temps. 1 min 30, c'est déjà énorme pour quelqu'un qui ne vous connaît pas. |
| Vos meilleures images dans les 15 premières secondes | Si vous ne captez pas l'attention immédiatement, la vidéo est fermée. Commencez par ce qui impressionne le plus. |
| Une musique unique, pas de coupures | La cohérence musicale donne une identité à votre démo et aide le spectateur à rester concentré. |
| Uniquement vos meilleures images | Un seul plan raté fait douter de tout le reste. Soyez impitoyable dans votre sélection. |
| Plusieurs bandes démo par niche | Ne montrez pas des clips musicaux à une agence corporate. Chaque client veut voir son univers. |
Ce dernier point est crucial et souvent mal compris. En France particulièrement, les clients catégorisent. Un manager d'artiste veut voir des clips. Une agence pub veut voir de la pub. Un couple qui cherche un vidéaste de mariage veut voir des mariages — même si votre vidéo de fiction est dix fois plus belle techniquement, ils prendront le vidéaste avec 3 mariages à son actif.
Je l'ai vécu moi-même. J'avais réalisé des dizaines de clips de rap de haute qualité. J'arrive dans une maison de disques pour une artiste féminine : mon portfolio clips de rap ne parlait pas du tout au manager. J'ai sorti ma fausse pub de parfum Dior — et là, il a dit "c'est exactement ça que je veux". Même niveau technique, même réalisateur, résultat totalement différent selon la bande démo présentée.
Vous voulez aller plus loin sur les logiciels pour monter vos premiers projets ? Consultez nos guides dédiés : Premiere Pro pour les débutants, DaVinci Resolve pour les débutants et After Effects pour les débutants.
3. Se spécialiser : le levier que presque personne n'utilise
C'est probablement le conseil le plus important de ce guide, et le plus contre-intuitif pour quelqu'un qui démarre. L'instinct naturel, c'est de dire "je fais tout" pour maximiser les opportunités. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire.
Les vidéastes généralistes galèrent. Les spécialistes s'en sortent.
Yann m'a envoyé un bilan après un an d'activité : 750 prospects contactés, 28 rendez-vous, 17 propositions commerciales, 3 contrats seulement. Un taux de conversion catastrophique malgré un travail considérable. Le problème ? Il démarchait des secteurs très variés avec un portfolio généraliste. Les clients ne se sentaient pas visés personnellement.
Je lui ai pris l'exemple du restaurant : vous réalisez un superbe film pour un restaurant, puis vous démarchez tous les autres restaurants de votre région avec exactement ce film. Eux se projettent immédiatement — c'est leur univers, leur clientèle, leur ambiance. Le taux de conversion explose. C'est la même chose pour les mariages, les voitures, les châteaux, les clips musicaux.
Yann a suivi ce conseil et s'est spécialisé dans les châteaux et lieux de prestige autour de Bordeaux — une niche originale avec une légitimité déjà construite. Peu de concurrents directs, une vraie identité, un démarchage ultra-ciblé.
Sylvain voulait vivre du montage uniquement — pas de tournage client. C'est totalement possible, et même recommandé si c'est votre passion. Mais il avait besoin de choisir une direction claire : montage YouTube, montage pour réseaux sociaux, montage corporate, bandes-annonces… Les monteurs qui en vivent ont souvent un positionnement net. "Je monte des vidéos YouTube pour des créateurs dans le secteur finance" — voilà un positionnement lisible. "Je monte de la vidéo en général" — voilà un positionnement invisible. Un monteur de clips musicaux aura par exemple beaucoup de mal à trouver un job de monteur de long-métrage s’il n’a monté que des clips, car ce sont des compétences très différentes (gestion des dialogues, laisser la longueur suffisante pour les émotions du film, …). Pour avoir plus de chance de décrocher le job, ce même monteur de clips peut par exemple proposer son aide sur un court-métrage afin d’avoir au moins une expérience “démo” à montrer au producteur du film.
Comment choisir votre niche ?
Votre expérience professionnelle précédente : Yann était commercial automobile — il connaît les concessions, leur vocabulaire, leurs besoins. Logique de cibler cette niche.
Ce qui vous passionne vraiment : Julien voulait les effets visuels et le motion design. Romain était attiré par les réseaux sociaux. Séverine voulait la fiction. Quand vous travaillez sur ce que vous kiffez, ça se voit dans le résultat.
Ce qui paye les factures : la fiction, ça fait progresser artistiquement, mais ce sont les mariages, le corporate et les formats récurrents qui paient le loyer. Dans les premières années, il faut souvent combiner : un domaine qui paye, et un domaine qui vous fait progresser artistiquement.
Tester 2 ou 3 niches : si vous n'êtes pas sûr, essayez. Donnez-vous 3 mois sur une niche, analysez les résultats, ajustez.
Pour approfondir les différents univers de la vidéo, consultez notre guide comment devenir vidéaste professionnel.
4. Les méthodes de démarchage qui fonctionnent vraiment
Il existe aujourd'hui des dizaines de canaux pour trouver des clients. Tous ne se valent pas. Voici ce que j'ai testé personnellement et ce que j'observe chez mes élèves.
Le démarchage physique (toujours efficace)
C'est ce que j'ai fait avec mes DVDs à Paris en 2005. C'est ce que je recommande encore aujourd'hui, même à l'ère du tout-numérique. Pourquoi ? Parce que se déplacer physiquement montre une chose qu'un email ne montre jamais : votre gniac. Votre envie. Votre détermination.
Sur une centaine de boîtes démarchées à pied, j'ai obtenu 3 ou 4 clients réguliers. Ce taux peut sembler faible, mais ces clients ont duré des années. Et chaque porte-à-porte vous permet de voir des gens, de laisser une carte, de créer une trace physique dans l'esprit de quelqu'un.
Yann faisait du démarchage avec son iPad dans les établissements de sa niche — il montrait directement sa vidéo entre deux services. C'est exactement la bonne approche : ciblé, personnel, visuel.
Le mailing (le ciblage est votre force)
Quand j'ai démarré dans le clip musical, j'ai envoyé 300 mails. Aucune réponse. Je n'ai rien lâché. Et ça a fini par marcher. Pour que le mailing fonctionne, quelques règles indispensables :
Incluez toujours une preuve concrète dès le premier mail. Ne dites pas "je propose mes services de monteur vidéo". Dites "je me suis permis de réaliser ce montage à partir de votre dernière vidéo — si ça vous plaît, je serai ravi d'échanger". Romain utilisait cette méthode pour démarcher des YouTubeurs : il créait un vrai Reel à partir de leur contenu existant, puis l'envoyait. Le taux de réponse est sans commune mesure.
Personnalisez chaque message. Montrez que vous avez regardé leur travail, que vous comprenez leur univers. Les emails génériques finissent en spam.
Ne joignez pas votre CV en pièce jointe. Les CV en pièce jointe tombent systématiquement dans les spams des boîtes pro. Mettez le lien vers votre bande démo ou votre site dans le corps du mail.
Relancez systématiquement. Un silence n'est pas un non. Relancez au bout de 7 à 10 jours. Puis une seconde fois. La plupart des gens ne répondent pas par manque de temps, pas par désintérêt.
Le réseau (le plus rapide quand il existe)
La réalité du milieu audiovisuel, c'est que la majorité des missions arrivent par recommandation. Pour construire ce réseau quand vous partez de zéro :
Participez à des tournages gratuits via la newsletter de CINEASTE.ORG. Rencontrez des gens, parlez avec eux, revoyez-les. Le réseau se construit lentement mais il dure.
Participez à des festivals locaux (courts-métrages, documentaires). C'est là que se croisent réalisateurs, producteurs, acteurs.
Les groupes Facebook spécialisés : rejoignez JE TAFF À LA TV et JE STAGE À LA TV. Des centaines d'offres circulent chaque semaine.
Les plateformes freelance (un canal parmi d'autres)
Malt, Fiverr Pro — ces plateformes fonctionnent, mais avec des conditions : elles favorisent les profils déjà crédibles avec des avis, elles sont hyper concurrentielles, et elles tirent les prix vers le bas au démarrage. Utilisez-les comme un canal parmi d'autres, jamais comme votre unique source de clients.
Ce qui ne marche pas (ou très mal)
| Méthode | Pourquoi ça ne marche pas bien |
|---|---|
| Travailler avec des influenceurs | Trop aléatoire. Même les gros YouTubeurs n'ont souvent pas de budget pour la vidéo. |
| Sociétés de gestion de leads | Pas adapté à l'audiovisuel. Les leads vidéo ne fonctionnent pas comme les leads immobilier ou assurance. |
| Contacter au culot sans vidéo de référence | Des milliers de vidéastes font ça. Sans preuve visuelle dans le premier contact, vous ne vous différenciez pas. |
| Pôle Emploi / offres généralistes | Très peu d'offres audiovisuelles, et elles demandent presque toujours de l'expérience. |
5. Le tableau de suivi : l'outil que les pros utilisent et les débutants ignorent
Quand j'ai fait mes 100 démarches physiques à Paris, je tenais un journal de bord sur Excel. Nom de la société, date de contact, nom de l'interlocuteur, date de relance, retour obtenu. Sans ça, je serais passé à côté de plusieurs clients juste parce que j'avais oublié de relancer.
Ce tableau a trois vertus que peu de gens anticipent :
Il vous force à être sérieux. Quand vous voyez une liste de 50 boîtes contactées, vous ne pouvez plus vous dire "j'ai essayé, ça ne marche pas".
Il rend votre effort visible. Les périodes sans résultat sont moins décourageantes quand vous voyez l'historique de ce que vous avez fait.
Il vous empêche de relancer trop tôt ou trop tard. Relancer après 7 jours = professionnel. Relancer après 3 mois = oublié.
| Colonne | Ce qu'on y met |
|---|---|
| Nom / Entreprise | Nom du contact et de la structure |
| Type de contact | Email, physique, LinkedIn, téléphone |
| Date 1er contact | Date d'envoi du premier message |
| Date relance 1 | J+7 à J+10 après le premier contact |
| Date relance 2 | J+21 si toujours pas de réponse |
| Retour obtenu | Intéressé / Pas intéressé / RDV fixé / Sans réponse |
| Notes | Ce qu'ils cherchent, budget évoqué, suite à donner |
Analysez : est-ce la bande démo qui ne convainc pas ? Le tarif ? La niche choisie ? L'approche du message ? Ce n'est jamais "le marché qui ne veut pas". C'est toujours quelque chose d'ajustable.
6. Où chercher des offres d'emploi dans l'audiovisuel
Si vous cherchez un poste salarié ou un premier job en tant qu'assistant, voici les ressources que je recommande à tous mes élèves.
Pour l'emploi audiovisuel (TV, ciné, prod)
| Ressource | Type |
|---|---|
| Groupe Facebook "JE TAFF À LA TV" | Offres emploi TV, ciné, prod — très actif |
| Newsletter CINEASTE.ORG | Newsletter hebdo + tournages bénévoles pour le réseau |
| Indeed — Monteur vidéo | Offres d'emploi généralistes |
| Hellowork | Moteur d'emploi spécialisé |
| Monster | Offres d'emploi multisecteurs |
| Glassdoor | Offres + avis entreprises |
| Malt — Montage vidéo | Missions freelance |
Pour les stages audiovisuels
| Site | Spécialité |
|---|---|
| Groupe Facebook "JE STAGE À LA TV" | Stages TV et cinéma, très recommandé |
| Indeed — Stages audiovisuel | Offres de stage toutes régions |
| L'Étudiant — Stages | Stages étudiants domaine audiovisuel |
| Profil Culture | Emplois et stages secteur culturel |
| Regionsjob | Stages audiovisuel en régions |
Le cas particulier de la fiction
Si vous visez la fiction (cinéma, courts-métrages, séries), les règles sont différentes. Il n'existe pas vraiment d'annonces pour trouver un poste de monteur fiction — ça se fait uniquement par le bouche-à-oreille.
Séverine me demandait comment percer dans la fiction. Je lui ai dit la même chose que je dis à tout le monde : commencez par monter des courts-métrages, rencontrez du monde pendant la post-production, et laissez votre carte de visite. Des producteurs passent en salle de montage pendant que vous travaillez. Une conversation, une carte, et parfois, plusieurs mois plus tard, un coup de fil.
Le meilleur chemin pour intégrer le milieu fiction est souvent de commencer par des postes secondaires : 2ème assistante réal, assistante monteur, assistante prod. Ces postes permettent d'intégrer une équipe, de rencontrer les bonnes personnes, et de progresser naturellement.
Pour aller plus loin sur les métiers et les débouchés, consultez notre guide comment devenir monteur vidéo et notre article sur le salaire du monteur vidéo.
7. La tarification au démarrage : ni trop cher, ni trop cheap
C'est le sujet qui génère le plus d'anxiété chez les débutants. Combien faut-il facturer quand on n'a pas encore d'expérience ?
La première chose à comprendre : facturer trop peu est aussi dangereux que facturer trop cher. Une offre cheap attire les clients à problèmes — ceux qui ne respectent pas votre temps, qui ont des demandes infinies, qui ne comprennent pas la valeur de votre travail. Un client qui paye le prix juste est en général plus respectueux et il est plus agréable de travailler avec.
La deuxième chose : en auto-entreprise, vous ne gardez pas 100% de ce que vous facturez. À partir de janvier 2026, les cotisations sociales sont d'environ 26% sur les prestations de services. Sur 50€ HT facturés, il vous reste environ 37€ net — avant impôts. Gardez ça en tête pour ne pas tomber dans le piège du "je facture 20€/heure, c'est déjà bien".
| Type de prestation | Tarif indicatif HT/jour | Notes |
|---|---|---|
| Montage vidéo | 350–400€ HT/j | À partir de 400€ pour un profil expérimenté |
| Réalisation / tournage | 500–600€ HT/j | Inclut préparation + gestion de projet |
| Motion design / After Effects | 400–450€ HT/j | Compétence technique spécifique, valorisée |
| Tarif minimum conseillé | 50€ HT/h | En dessous, vous travaillez à perte une fois les charges déduites |
Quand Yann me demandait si 300€ HT/jour était un bon tarif, je lui ai répondu : non. Même en débutant, vous pouvez facturer 600€ HT/jour sans problème si vous rendez une qualité satisfaisante. Si le client négocie, vous avez une marge jusqu'à 450–500€ et vous restez dans vos frais.
L'astuce de la marge : fixez toujours votre devis légèrement au-dessus de ce que vous voulez obtenir. Si vous voulez 400€, demandez 500€. Le client qui négocie vous emmènera à 450€ — exactement là où vous vouliez être. Celui qui ne négocie pas vous paye 500€.
Pour aller plus loin sur les fourchettes de rémunération selon votre spécialisation, consultez notre article sur le salaire du monteur vidéo en 2026.
8. Travailler gratuitement au début : quand oui, quand non
C'est un sujet sensible. La réponse courte : oui, travailler gratuitement peut être un investissement rentable — à condition que ce soit stratégique et limité dans le temps.
J'ai travaillé gratuitement pour FIFOU, photographe des plus grands artistes rap français. Je l'accompagnais sur les tournages, je montais ses vidéos sans facturer. En retour : j'ai appris au contact de quelqu'un de très haut niveau, j'ai côtoyé un monde que je n'aurais pas pu intégrer autrement, et c'est ce réseau qui m'a progressivement ouvert les portes du clip professionnel.
Mon premier clip "officiel" — pour Still Fresh, jeune artiste émergent — je l'ai réalisé gratuitement parce qu'un ancien camarade de classe de ma mère m'avait mis en relation. Ce clip m'a permis de mettre un pied dans le milieu, de montrer mes compétences After Effects, et d'être recruté ensuite par un photographe de renom.
La règle : travaillez gratuitement (ou à tarif réduit) seulement si :
Ça vous apporte une référence dans la niche que vous ciblez
Ça vous permet de rencontrer des personnes clés pour votre réseau
Ça vous donne de la matière pour votre bande démo
C'est un projet qui vous intéresse vraiment artistiquement
Mon tout premier clip, réalisé et monté pour Still Fresh (2010)
En revanche, ne travaillez pas gratuitement de manière systématique. Ça dévalue votre travail et ça n'a de sens que si vous en retirez quelque chose de concret.
9. L'organisation et la motivation : le vrai moteur de la réussite
J'ai formé plus de 2 500 personnes. J'ai vu des élèves très talentueux ne jamais décrocher un seul client, et des élèves très ordinaires techniquement construire une vraie activité. La différence, presque toujours, c'est l'organisation et la constance.
Structurer ses journées
Quand vous travaillez à votre compte, personne ne vous dit quoi faire ni quand le faire. C'est la liberté et le piège en même temps. La solution : traitez votre journée comme si vous aviez un patron.
Fixez des horaires clairs (par exemple 8h–18h avec une vraie pause déjeuner)
Allouez des créneaux distincts : le matin pour la création/montage, l'après-midi pour la prospection/gestion
Écrivez chaque soir les 3 à 5 tâches prioritaires du lendemain
Barrez chaque tâche accomplie — ce petit geste de satisfaction est plus puissant qu'il n'y paraît
Les objectifs à trois niveaux
| Niveau | Horizon | Exemple concret |
|---|---|---|
| Court terme | 1 à 7 jours | Finir ma bande démo, contacter 10 sociétés, monter ma vidéo démo pour la niche restaurant |
| Moyen terme | 1 à 12 mois | Décrocher 3 clients récurrents, réaliser 10 vidéos dans ma niche, atteindre 2 000€/mois net |
| Long terme | 2 à 5 ans | Devenir LE référent vidéo dans mon secteur, réaliser un long-métrage, vivre confortablement de mon activité |
Tenir sur la durée : ce que personne ne vous dit
Je dis à tous mes élèves en reconversion : quoi que vous fassiez, si vous le faites à fond, vous y arriverez. Ce n'est pas une promesse vide. C'est ce que j'ai vécu personnellement, et ce que j'observe chez ceux qui réussissent.
À 22 ans, seul à Paris, sans réseau, j'ai tourné en rond pendant des mois. J'ai failli tout planter. Mais j'avais une conviction : je ne me voyais pas faire autre chose. Et c'est cette conviction — pas le talent, pas les contacts, pas la chance — qui m'a maintenu en mouvement assez longtemps pour que les choses bougent.
Les périodes creuses sont normales. Tous les vidéastes en ont, même les plus chevronnés. En décembre, tout le monde ferme. En août, tout le monde est en vacances. Ce n'est pas le signe que votre carrière s'effondre — c'est la saisonnalité du métier.
10. Et après ? Les premières missions obtenues
Le premier client est toujours le plus dur à décrocher. Le deuxième est plus facile. Le cinquième vient souvent par recommandation du troisième. C'est comme ça que ça marche dans ce milieu.
Une fois que vous avez vos premières références, plusieurs choses changent :
Vous avez de vraies preuves à montrer dans votre niche cible
Le bouche-à-oreille commence à fonctionner (surtout si vous êtes spécialisé)
Votre confiance augmente, et ça se sent dans vos échanges clients
Vous pouvez commencer à monter vos tarifs progressivement
N'oubliez pas aussi de soigner la relation client à chaque mission. Une vidéo réussie ne suffit pas si le client a eu l'impression de ne pas être écouté pendant le projet. Préparez toujours un synopsis, des références visuelles, un dossier de concept avant le tournage. Ça évite les mauvaises surprises et les allers-retours interminables sur la version finale.
Pour affiner vos techniques de montage et épater vos premiers clients, consultez nos guides pratiques : techniques de cut en montage vidéo et comment faire un montage vidéo de qualité.
Conclusion : votre plan d'action en 5 étapes
Si vous êtes arrivé jusqu'ici, vous avez maintenant tout ce qu'il faut pour passer à l'action. Voici le plan concret, dans l'ordre :
| Étape | Action concrète | Délai |
|---|---|---|
| 1. Créez votre vitrine | Réalisez ou montez 1 à 3 projets dans votre niche cible. Utilisez des stockshots si nécessaire. | 2 à 4 semaines |
| 2. Faites votre bande démo | 1 min 30 max, meilleures images en premier, adaptée à votre niche. | 1 semaine |
| 3. Construisez votre tableau Excel | Nom / contact / date / relance 1 / relance 2 / retour. Remplissez-le à chaque action. | 1 heure |
| 4. Lancez votre campagne de démarchage | 30 à 50 contacts/semaine. Mix mailing ciblé + physique + réseau. Relancez systématiquement. | 3 à 6 mois |
| 5. Analysez et ajustez | Après 3 mois, si les résultats ne sont pas au rendez-vous, changez quelque chose : niche, bande démo, message, tarif. | En continu |
La meilleure façon de trouver vos premiers clients, c'est d'avoir des compétences solides et une bande démo qui convainc. C'est exactement ce que vous apprendrez dans la formation de l'École des Vidéastes : maîtriser Premiere Pro, DaVinci Resolve, After Effects, l'étalonnage, et produire des vidéos qui font la différence.
Plus de 2 500 élèves formés. Certification Qualiopi. Financement CPF disponible.
Le démarrage est la partie la plus difficile. Tout le monde passe par là — moi y compris, longuement. Mais avec les bonnes méthodes, un portfolio ciblé, une approche structurée et la constance nécessaire, ça finit toujours par bouger. Je l'ai vu des centaines de fois.
Maintenant c'est à vous de jouer.
FAQ — Trouver ses premiers clients en vidéo
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Avec une bande démo ciblée et une démarche de prospection sérieuse (30 à 50 contacts par semaine), la plupart de mes élèves décrochent leur premier client en 1 à 3 mois. Ceux qui mettent 6 mois ou plus ont souvent attendu d'avoir un portfolio "parfait" avant de prospecter — c'est l'erreur à éviter. Commencez à démarcher dès que vous avez 2 ou 3 vidéos à montrer, même imparfaites.
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Non — vous pouvez commencer à prospecter et construire votre portfolio sans avoir de structure juridique. En revanche, dès que vous facturez, vous devez être déclaré. La création d'une auto-entreprise prend moins de 15 minutes sur le site de l'URSSAF. Tant que votre chiffre d'affaires reste sous 35 000€ annuels, vous n'êtes pas assujetti à la TVA et vos cotisations sociales représentent environ 26% de vos encaissements.
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Ces plateformes peuvent vous apporter des missions, mais elles ne doivent jamais être votre seul canal. Elles favorisent les profils déjà bien notés, tirent les prix vers le bas, et génèrent beaucoup de concurrence sur les tarifs. Utilisez-les en complément du démarchage direct — jamais à la place. Sur Malt, soignez particulièrement votre profil et affichez votre bande démo : sans vidéo à montrer, votre profil ne convertit pas.
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Oui, totalement. Le montage est un métier à part entière. 90% des monteurs qui en vivent travaillent sur du contenu YouTube, des réseaux sociaux, de la vidéo corporate ou des formats récurrents pour des clients réguliers — sans jamais toucher une caméra. La clé est d'avoir un positionnement clair ("je monte des vidéos YouTube pour des créateurs dans le secteur finance" vaut mieux que "je fais de la vidéo en général") et des clients récurrents qui garantissent une stabilité de revenus.
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Ne descendez jamais sous 50€ HT/heure — c'est le seuil en dessous duquel vous travaillez à perte une fois les cotisations déduites. En pratique, démarrez entre 300 et 400€ HT/jour pour du montage, 500 à 600€ HT/jour pour de la réalisation. Fixez votre devis légèrement au-dessus de ce que vous voulez obtenir pour vous laisser une marge de négociation. Et rappelez-vous : un tarif trop bas attire les clients les plus exigeants et les moins respectueux.
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Oui, si c'est stratégique. Travailler gratuitement ou à tarif très réduit vaut le coup si la mission vous apporte une référence dans votre niche cible, de la matière pour votre bande démo, ou des connexions dans un réseau qui vous intéresse. En revanche, évitez de le faire de manière systématique : ça attire les mauvais clients et ça ne vous fait pas progresser financièrement. Chaque mission gratuite doit avoir un objectif clair — et une durée limitée.
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Instagram et LinkedIn sont les deux plateformes les plus efficaces selon votre niche. Instagram pour les créateurs, les artistes, le mariage et l'événementiel. LinkedIn pour le corporate, les formations en ligne et les entreprises. L'objectif n'est pas de faire du buzz, mais de rester visible régulièrement dans la tête de vos contacts. Postez du contenu simple, régulier et orienté valeur : making-of, avant/après, conseils techniques. Quand quelqu'un cherchera un vidéaste dans 6 mois, il pensera à vous parce qu'il vous aura vu passer plusieurs fois dans son fil.
À propos de l’auteur
Kévin Mendiboure est réalisateur et monteur vidéo professionnel, fondateur de l’École des Vidéastes et de la chaîne YouTube TUTO PREMIERE (+115 000 abonnés).
Réalisateur depuis plus de 10 ans et formateur depuis 2019, il accompagne créateurs, freelances et monteurs en reconversion à travers des formations certifiantes en montage vidéo sur Premiere Pro, After Effects et DaVinci Resolve.